Victorin LUREL
Le Blog du vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale

21 décembre 2011

Discours au XIIe Congrès des élus départmentaux et régionaux – « Santé et alimentation »

Filed under: Discours — Victorin LUREL @ 16 h 10 min


Madame le député,
Monsieur le 1er vice-président du Conseil général, mon cher Ary,
Mesdames et messieurs les maires et leurs représentants,
Mesdames et messieurs les élus départementaux et régionaux,
Monsieur le président du Conseil économique et social régional,
Monsieur le président du Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement,
Messieurs les présidents des chambres consulaires et leurs représentants,
Monsieur le professeur BASDEVANT, notre grand témoin invité,
Mesdames et messieurs les invités,
Mesdames et messieurs,
Chers compatriotes,

Je suis heureux d’ouvrir les travaux de cette 12e réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux, la troisième organisée cette année par la Région, après celle du 7 novembre dont la thématique était la violence et l’insécurité et celle, sur deux jours les 8 et 9 décembre, sur le Projet guadeloupéen de société.

Et je voudrais, avant même d’entrer dans le vif de mon propos, rendre un hommage appuyé aux services de la Région, à l’administration, à la direction générale des services, au directeur de cabinet et à son équipe, et à tous ceux qui nous ont accompagné ces derniers mois, aux élus et aux services du Conseil général, bref à tous ceux qui ont su tenir le rythme et qui ont permis la préparation et la tenue de travaux de grande qualité en un calendrier forcément contraint.

Aujourd’hui encore, nous nous inscrivons pleinement dans la démarche d’élaboration du Projet guadeloupéen de société dont nous avons débattu, ici même, il y a tout juste deux semaines, et dont nous avons utilement rappelé qu’il ne pouvait se résumer à sa seule dimension institutionnelle.

Tout comme notre réunion sur la violence et l’insécurité, ce congrès est donc un congrès thématique, qui nous invite à nous pencher sur une problématique devenue majeure ces dernières années : la santé et l’alimentation.

Bien qu’annoncé dès le 26 août dernier, je sais que notre choix de traiter de cette problématique en congrès, de façon spécifique, a pu en surprendre certains. A commencer, évidemment, par ceux qui persistent à avoir du congrès une vision étroite et qui, systématiquement, tentent de nous borner aux compétences de nos collectivités respectives.

Pourtant, il n’est qu’à effectuer quelques constats simples pour apprécier la justesse de notre démarche et pour mesurer combien nous avons eu raison, nous élus guadeloupéens, de nous pencher sur cette thématique-là.

Premier constat : santé et alimentation vont plus que jamais de paire.

Il n’est en effet plus un jour sans que quelque chose, dans notre quotidien, ne vienne nous rappeler que l’alimentation est à la base d’une bonne santé. Oui, « la santé est dans les assiettes » au moins en grande partie… et le corollaire de cette phrase, ne l’oublions pas, c’est qu’en toute logique la mauvaise santé, elle aussi, est en grande partie dans nos assiettes.

Or que nous disent les spécialistes et les praticiens de santé sur nous-mêmes, et c’est le deuxième constat ?

Ils nous disent que la Guadeloupe cumule les indicateurs préoccupants de santé publique en matière de diabète, d’obésité ou encore d’hypertension artérielle. Pathologies dont on sait qu’elles sont étroitement liées aux habitudes alimentaires de ceux qui en sont atteints.

Les chiffres figurent dans le rapport qui vous a été remis. Et ils sont très alarmants.

Le diabète concerne 1 Guadeloupéen sur 10, soit 10 % contre 3,1 % à l’échelle nationale.

L’hypertension artérielle concerne 1 Guadeloupéen sur 5, qui voit dès lors augmenter fortement le risque de succomber à un infarctus ou à un accident vasculaire cérébral.

L’obésité concerne 23 % des adultes en Guadeloupe, contre 16% dans l’Hexagone, et près de 9% de nos enfants âgés de 5 à 14 ans souffrent d’obésité, 14 % souffrent de surpoids. Notre grand témoin, le professeur BASDEVANT, vice-président du comité de pilotage du Plan national nutrition santé (P2NS), plus particulièrement chargé par le président de la République de la mise en œuvre du plan obésité, aura beaucoup à nous dire à ce sujet.

Dans le même temps, troisième constat : nos habitudes alimentaires ont évolué en profondeur depuis un demi-siècle. De sorte qu’aujourd’hui, entre l’héritage de certaines traditions culinaires, le changement de nos rythmes de vie et l’enracinement chez nous, comme ailleurs du reste, d’une certaine « malbouffe » en partie importée, mais en partie seulement, nous mangeons à la fois bien trop sucré, bien trop salé et bien trop gras, le tout en ayant adopté des comportements bien trop sédentaires.

Et c’est bien dans ce dangereux cumul d’excès que se situe l’acuité du problème qui se pose à nous aujourd’hui.

De tels constats ne peuvent laisser sans réponse les responsables politiques que nous sommes. D’autant qu’ils interpellent un nombre croissant de nos concitoyens. Dans un sondage publié en novembre par l’institu Qualistat, la question de la santé et de l’alimentation, qui n’avait jusque là jamais figuré parmi les « préoccupations majeures » des Guadeloupéens, a fait son entrée directement au 6e rang sur 12.

Nous sommes donc aujourd’hui tout à fait dans notre rôle, mais nous sommes aussi, il faut le dire, face à un vrai paradoxe.
Notre santé se dégrade. Notre manière de nous alimenter se dégrade. Et pourtant, nous savons précisément ce qu’il conviendrait de faire contre cela.

Les grands principes sont connus. Ils fourmillent dans les plans et autres recommandations édictés depuis des années par les pouvoirs publics et les autorités sanitaires. Ils figurent également en bonne place dans le contenu des auditions préparatoires à ce congrès et dans les nombreuses contributions écrites que nous avons reçues de la quasi-totalité des acteurs de la production agricole et de l’alimentation.

Nous savons qu’il faut manger en priorité des fruits et des légumes, de préférence nos fruits et légumes locaux, de préférence de saison.
Nous savons qu’il faut préférer le poisson dit-on à la viande.
Nous savons qu’il faut limiter le sel, le sucre et le gras.
Nous savons qu’il faut éviter les grignotages entre les repas.
Nous savons qu’il faut pratiquer au moins 30 minutes d’effort physique modéré chaque jour.
Et j’en passe…

Oui, nous savons pertinemment comment faire. Et pourtant, les pathologies que je mentionnais il y a un instant continuent de se développer et à faire des ravages. Car, évidemment, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de la tâche qui consiste en fait à rendre véritablement opérationnels ces grands principes en luttant d’une part contre les habitudes – les plus dures à perdre étant évidemment les mauvaises – et d’autre part en tenant compte des particularités de notre archipel.

Si nous faisons ce congrès, c’est précisément pour proposer des solutions, pour préconiser des politiques publiques et des plans d’action, afin de faire évoluer très concrètement nos pratiques alimentaires.

Ce sera en tout cas l’objectif des quatre résolutions très ambitieuses que nous soumettrons à votre approbation cet après-midi après les avoir mises en débat.

La première résolution porte sur la réduction des inégalités alimentaires, car il est évident – particulièrement chez nous – que le pouvoir d’achat détermine en grande partie la manière de manger et surtout, hélas, de mal manger. Comment s’offrir régulièrement du poisson ou des légumes frais quand on ne consacre que quelques centaines d’euros au budget nourriture chaque mois ?

Cette résolution propose donc aux pouvoirs publics d’agir de façon ciblée et prioritaire pour les milieux défavorisés et les personnes âgées en situation d’isolement ou de dépendance que ce soit pour l’aide alimentaire, pour l’éducation à la santé, pour l’accès aux installations sportives ou pour le portage de repas à domicile.
La deuxième résolution rassemble des mesures permettant de faire vivre la production locale. Car s’il est clair qu’un territoire exigu comme le nôtre ne pourra jamais produire à lui seul de quoi satisfaire tous nos besoins, en revanche l’agriculture, l’élevage et la pêche guadeloupéens regorgent aujourd’hui d’un potentiel inexploité ou encore mal exploité, en particulier en matière de produits réputés bons pour la santé (les fruits, les légumes, les poissons, les racines, etc.).

Cette résolution propose notamment de revoir l’aide publique au monde agricole afin d’accompagner mieux encore les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs dans la structuration de leurs interprofessions, mais aussi dans leurs investissements qui pourraient permettre de créer, pourquoi pas, une usine de fabrication de petits pots locaux pour bébé, d’autant plus essentielle qu’il est prouvé que c’est entre 6 mois et 3 ans que le goût se forme. Ou encore pour développer davantage l’aquaculture très prometteuse pour compenser la raréfaction de la ressource en poissons.

Cette résolution propose en outre de renforcer le soutien à l’agriculture durable et de participer au développement de l’agriculture biologique qui ne compte aujourd’hui qu’une vingtaine de producteurs certifiés.

Elle propose également de mettre en place un plan de développement de l’agriculture raisonnée à Marie-Galante qui pourrait choisir, avec nous, de devenir, grâce à ses atouts naturels, un « grenier » agricole de la Guadeloupe.

Et elle propose aussi de favoriser l’essor de l’agro-transformation notamment dans la filière pêche.

Très volontairement, je souligne que nous n’avons pas souhaité développer la question de l’empoisonnement de certains de nos sols à la chlordécone qui constitue aujourd’hui, nous le savons bien et nous ne l’oublions surtout pas, une vraie épée de Damoclès au-dessus de notre agriculture. Mais, reconnaissons ensemble que ce dossier pourrait d’une part nous occuper à lui seul une partie de la journée et que, d’autre part, il fait aujourd’hui l’objet d’un plan spécifique qui est en cours de mise en œuvre. Et j’avoue que je m’interroge sur son effectivité et sur son efficacité.

La troisième résolution propose de placer l’école au cœur de la stratégie d’acquisition des pratiques alimentaires. Il en effet acquis que c’est dès le plus jeune âge que se forme le goût et qu’il s’entretient. Parmi les mesures proposées, il y a l’effort de formation à conduire en direction des personnels d’encadrement des crèches, des écoles, des collèges et des lycées. Il y a également l’amélioration de la qualité nutritionnelle des repas de la restauration scolaire qui distribue, en Guadeloupe, pas moins de 46.000 repas chaque jour.

Enfin, la quatrième résolution a l’ambition de nous rappeler que fo nou manjé, mè fo pa nou oublyé boujé !
Elle a notamment pour objectif de développer la pratique du sport pour tous, en particulier au sein des parcours sportifs de santé sécurisés (P3S) que la Région Guadeloupe mettra en œuvre à partir de janvier 2012 dans chaque commune de notre archipel.

L’ensemble des mesures proposées dans ces résolutions montre bien qu’au travers de cette thématique « santé et alimentation », certes il est question d’agriculture, d’élevage, de pêche, mais il est aussi question de formation, d’éducation, de commerce, d’industrie, de recherche, d’innovation, d’économie au sens large, d’insertion, et de préservation de l’environnement.

A ce carrefour des compétences, partagées ou exclusives, des collectivités et de l’Etat, il apparaît évident que seule une mobilisation coordonnée de l’ensemble des pouvoirs publics est en mesure d’enrayer les phénomènes sanitaires dangereux que nous connaissons aujourd’hui dans notre archipel.

C’est tout l’intérêt de ce congrès qui permet de fixer ensemble des plans d’action et de prendre date devant la population. Il ne s’agit pas de parler. Il faudra agir. Je ne peux d’ailleurs que regretter que les services de l’Etat aient choisi, une nouvelle fois, de ne pas s’associer à nos travaux ce matin. L’ARS qui avait, malgré tout, participé aux auditions m’a ainsi fait savoir par courrier « qu’aucune des personnes qualifiées sur notre sujet n’était présente ou disponible ce jour ».

En ce qui la concerne, outre l’impulsion que nous entendons donner aujourd’hui à travers ce congrès avec le Conseil général, la Région Guadeloupe accompagne déjà les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs pour nombre des objectifs que nous fixons solennellement aujourd’hui. Pour mémoire, entre 2010 et 2011, l’action régionale en faveur des agriculteurs et des éleveurs aura atteint 8,3 millions d’euros et aura dépassé 1,2 million d’euro pour les pêcheurs.

Par ailleurs, c’est avec le Schéma d’aménagement régional, le SAR adopté récemment que nous avons, pour la première fois, sanctuarisé la surface agricole utile de notre archipel à 50.000 hectares.

De même, c’est pour soutenir nos producteurs locaux que notre SEM de patrimoine, propriétaire des murs de l’Hyper Casino de Desmarais à Basse-Terre, a conclu avec l’exploitant de la grande surface une charte qui porte sur des prix bas pour plusieurs dizaines de produits de consommation courante, pour préserver le pouvoir d’achat, mais aussi sur la place réservée dans les rayons à la production locale.

Cette charte que nous solenniserons cet après-midi en marge du congrès, nous la voulons exemplaire et nous ferons tout pour qu’elle serve de modèle. Et je demanderai aux interprofessions de s’en emparer.

Enfin, je rappelle, que les parcours sportifs de santé figuraient au rang de nos priorités pour notre deuxième mandature et l’engagement que nous prenons aujourd’hui c’est d’avancer encore plus vite, le premier parcours devant être installé dans les premiers jours de janvier aux Abymes et très bientôt à Capesterre.

Pour ma part, vous le savez, je me suis personnellement impliqué en tant que député dans cette grande cause en déposant une proposition de loi tendant à prohiber les différences de taux de sucre ajouté entre les sodas et les yaourts produits dans l’Hexagone et ceux fabriqués les outre-mer.

Cette « aventure » parlementaire m’a beaucoup appris et elle m’a permis, je l’avoue, de mieux comprendre encore l’ampleur de ces enjeux de santé publique.

Je regrette évidemment beaucoup qu’elle ait été rejetée d’extrême justesse. Mais, elle n’est pas morte et elle reviendra très prochainement au Sénat portée par notre collègue Serge LARCHER, le sénateur de la Martinique. Car, l’affaire demeure extrêmement grave comme achève de le démontrer, je crois, le remarquable document réalisé par la Région Guadeloupe en collaboration avec la Région Martinique, qui vous sera distribué au cours de nos travaux et qui établit avec clarté et par des preuves chiffrées irréfutables les écarts extravagants entre les taux de sucre des sodas et des produits laitiers produits dans l’Hexagone et ceux produits chez nous.

Là encore, c’est une mobilisation concertée des pouvoirs publics, par-delà toute considération politicienne, qui pourra faire entendre raison à des industriels qui, en l’espèce, mettent très consciemment notre santé en péril. Et je pèse mes mots.

Mais, je veux achever mon propos en disant à la Guadeloupe que rien, dans le sujet qui nous occupe aujourd’hui, ne sera possible sans une prise de conscience personnelle de chacun. Nous pourrons mettre en œuvre les politiques publiques les plus efficaces au monde, favoriser les productions les plus saines et lancer des campagnes de communication les plus onéreuses, c’est chacun qui, en dernier ressort, choisit sa façon de s’alimenter. En fonction de ses moyens, de ses goûts, de l’importance qu’il accorde à sa santé, et, on l’oublie souvent, en fonction de sa capacité à cuisiner lui-même les aliments à sa disposition.

C’est pourquoi j’attache une très grande importance à ce que nous trouvions les voies et les moyens de transmettre aux jeunes générations, garçons et filles confondues évidemment, le goût d’apprendre à cuisiner qu’avaient nos anciens. Ce talent est un patrimoine inestimable qu’il faut absolument transmettre.

Il est la passerelle indispensable entre la prise de conscience que nous voulons susciter et le changement que nous espérons pour demain.
Sans cela, notre quête de solutions concrètes et pérennes ressemblera à la marche vers un horizon qui, chacun le sait, s’éloigne à mesure que le croit s’en rapprocher.

Je vous remercie.

Une réponse à “Discours au XIIe Congrès des élus départmentaux et régionaux – « Santé et alimentation »”

  1. girault dit :

    monsieur le député
    plutôt que de vous en prendre au président qui fait son travail
    demandez vous pourquoi des trafiquants des pollueurs qui n’ont rien à faire sur le territoire français s’entretuent, polluent et violent la forêt tout à fait impunément…
    bien à vous
    le 22 janvier 2012

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