Victorin LUREL
Le Blog du vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale

5 novembre 2011

Discours devant la Conférence de coopération régionale à Fort de France

Filed under: Discours — Victorin LUREL @ 12 h 28 min


Monsieur le ministre,
Monsieur le commissaire européen,
Monsieur le président du Conseil régional de la Martinique,
Madame la présidente du Conseil général de la Martinique,
Monsieur le président de la collectivité de Saint-Martin,
Monsieur le président de la collectivité de Saint-Barthélémy,
Monsieur le représentant du président du Conseil général de la Guyane,
Madame et messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les préfets,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,
A vous toutes et à vous tous,

Cette nouvelle Conférence de coopération régionale pour la zone Antilles-Guyane intervient en point d’orgue d’une riche semaine que nous aurons consacrée, ici en Martinique, aux questions européennes et, en particulier, aux problématiques de l’insertion régionale qui leur sont étroitement liées.

Notre réunion, aujourd’hui, peut être d’autant plus intéressante qu’elle a lieu dans un contexte particulier.

Il y a d’abord la mise en œuvre d’une nouvelle réglementation spécifique à la coopération au sein de l’Union européenne. Il y a, bien sûr, les objectifs de la nouvelle stratégie de l’Union, dite « Stratégie 2020 ». Il y a, évidemment, la stratégie régionale 2014-2020. Il y a, aussi, l’élaboration en cours de la nouvelle stratégie de l’Agence française de développement (AFD). Et il y a le bilan que nous avons à faire des mesures du Conseil interministériel pour l’Outre-mer (CIOM) annoncées par le président de la République en novembre 2009, dont certaines concernent l’insertion régionale et se sont traduits notamment par la nouvelle loi du 27 juillet 2011.

Enfin, et surtout, il y a, en toile de fond, le contexte actuel de crise économique, financière et, j’ose dire, politique que traverse l’Union européenne et, avec elle, ses Etats membres confrontés à des endettements massifs.

En somme, bien des éléments convergent pour faire de la période actuelle un moment déterminant pour envisager ensemble les voies et les moyens nécessaires pour donner un nouvel élan, un nouveau souffle à la coopération régionale dans la Caraïbe et, plus largement, à l’insertion de la France et de nos régions dans la Grande Caraïbe.

Car ce nouveau souffle passe, chacun doit en être désormais pleinement convaincu, par une plus grande implication de nos collectivités.

Le défi qui se présente à nous est rien moins que celui qui consiste à instiller, à tous les niveaux, une bonne dose de pragmatisme et de volontarisme dans nos approches parfois encore un peu frileuses.

La Région Guadeloupe que j’ai l’honneur de présider depuis 2004 n’a eu de cesse de plaider en ce sens et nous avons, je le crois, démontré notre volonté et notre capacité à « jouer le jeu » comme disait Félix EBOUE, à travers notre participation dynamique à des actions de coopération, aussi bien sur le front institutionnel que sur le front opérationnel, aussi bien au bénéfice de notre jeunesse qu’en faveur du développement économique.

C’est précisément parce qu’au fil des années, nous avons acquis une réelle expérience que nous sommes en mesure de faire des recommandations et des propositions, il me semble, utiles, d’une part sur le plan de la méthodologie et de la philosophie de travail et, d’autre part, sur l’ensemble des champs de la politique de coopération.

Sur le plan de nos méthodes de travail, je crois pouvoir dire que l’Etat doit encore poursuivre ses efforts de concertation avec nos régions, bien en amont des prises de décision. Cette concertation est à mes yeux non seulement le signe d’un respect mutuel au sein de la République, mais elle est surtout le gage d’une meilleure efficacité de nos actions. Il faut, en somme, une conception renouvelée de la subsidiarité en matière de relations internationales, de diplomatie et de coopération, afin de mieux articuler ce qui relève de la sphère étatique et ce qui relève de la sphère sub-étatique.

Il y a tant de sujets sur lesquels, d’ailleurs, nous pouvons agir très concrètement, par la concertation.

Je pense notamment à l’insertion des ultramarins au sein du réseau diplomatique français pour laquelle il m’apparaît souhaitable d’associer les régions et les collectivités dans la rédaction des conventions que l’Etat est en train de préparer et qui devront servir de mode opératoire pour l’accueil des ultramarins dans le réseau en tant que volontaires internationaux ou dans d’autres statuts.

Je pense également à l’épineuse question des visas pour lesquels, simplement par la discussion, nous pourrions mettre en place avec les ambassades un mode opératoire afin de permettre aux personnes de la zone que nous invitons de voyager. Par le simple établissement d’un point de contact dans nos collectivités et au sein de chaque ambassade, nous pourrions ainsi raccourcir le délai minimal de sollicitation des bons offices de l’ambassade.
Bien évidemment, par-delà les questions de méthode, il y a de nombreux dossiers ouverts, dont certains sont particulièrement stratégiques et sur lesquels nous devons progresser significativement.

La question de l’adhésion aux organisations régionales, mais aussi internationales, se pose toujours à nous avec acuité.

Nous devons, à mon sens, nous accorder sur le mode de représentation de la France au sein de l’AEC, du CARICOM, de l’OECS et des satellites.

Mais surtout, nous tenons à réintroduire notre demande formulée auprès de l’Etat pour être membre associé à la CARICOM, tout comme nous souhaitons devenir membre observateur de l’OECS.

L’OECS revêt à nos yeux une importance toute particulière, car ce sont des pays proches de nous aussi bien géographiquement qu’en terme de taille et d’importance. Et nous pouvons privilégier avec eux des thèmes de coopération tels que :

– Le droit des affaires
– Les langues,
– l’harmonisation de l’espace aérien en matière de transport de passagers, mais aussi de règles sanitaires,
– l’espace maritime, là encore en matière de transport mais aussi pour la préservation de la biodiversité, et en matière de délimitation des zones de pêche.

Je rappelle que la Guadeloupe a déjà noué des relations concrètes avec l’OECS :
– grâce à la signature d’une convention de coopération avec le gouvernement de la Dominique en 2008 ;
– grâce à la signature d’une déclaration de coopération avec Antigua en juillet 2011 ;
– et grâce au financement du dispositif EUROPASS, conçu par l’Alliance française de St Kitts & Nevis, qui permet aux Kittitiens d’apprendre le français en-ligne. Une délégation de la Région Guadeloupe s’est d’ailleurs rendue à St Kitts en 2010 afin d’inaugurer ce dispositif à la Archibald High School.

Je n’oublie pas non plus le câble à haut débit, qui est déjà une réalité, ni le projet stratégique du gazoduc, dont le financement doit toutefois être évalué très attentivement.

Pour notre part, il est prévu de proposer à la Martinique et à la Guyane, dans le cadre de notre prochaine réunion de l’URAG, l’Union régionale Antilles-Guyane, de lister ensemble les institutions avec lesquelles il serait souhaitable de créer des commissions mixtes transfrontalières.

En matière d’échanges économiques, l’enjeu pour la Guadeloupe consiste aujourd’hui à structurer un dispositif d’accompagnement des entreprises dotées de capacités à l’export, pour leur permettre d’exporter dans la Caraïbe en tenant compte de la réglementation de l’Accord de partenariat économique qui, je le souligne, nous offre de réelles opportunités.

Nous nous appuyons pour cela sur le CODIE, le Comité pour l’Organisation et le Développement à l’international des Entreprises de Guadeloupe), dont la mise en place a été décidée dans le cadre de notre Schéma Régional de Développement Economique.

Je souligne que nous avons su anticiper l’obligation de structuration des acteurs et des outils d’aide à l’export qui est prévue dans la Charte nationale à l’exportation signée en juillet dernier pour l’ensemble des régions par le président de l’Association des Régions de France, avec le secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur.

Cette démarche répond bien à la nécessaire modernisation de l’Etat en matière économique pour faire face à la mondialisation et nous envisageons que le « guichet unique » spécifié dans la Charte Nationale dans son article 2 soit représenté par la Maison régionale des entreprises « Guadeloupe Expansion ».

L’Etat, à travers la Préfecture de Guadeloupe, a participé aux premiers travaux constitutifs du CODIE. Nous devons donc envisager pour la fin de cette année la signature de cette convention importante pour développer des échanges économiques.

Mais, bien évidemment, c’est à la question du financement des actions de coopération que nous devons accorder toute notre attention.

Lors de la conférence des RUP qui s’est tenue hier et avant hier, nous avons tous beaucoup insisté sur notre souhait de rechercher une meilleure articulation entre le FED et le FEDER.

Il conviendra aussi de réfléchir à la possibilité de créer des « fonds miroir ».

Dans le cadre de notre conférence de coopération régionale, c’est le FCR que nous devons faire évoluer.

C’est en ce sens que je souhaite que nous puissions vérifier auprès de l’AFD la possibilité de prévoir des avances ou de créer un outil de préfinancement, que les collectivités régionales pourraient rembourser.

Je propose également que soit mieux prise en compte l’assistance aux porteurs de projets dont nous ne savons pas forcément très bien ce qu’ils attendent des structures et des financements qui sont mis à leur disposition, alors que l’enjeu pour nous est précisément de parvenir à faire émerger de nouveaux porteurs de projets.

Il faut par ailleurs que nous parvenions à élever le taux de cofinancement du FCR qui est aujourd’hui à 35%, et qui est encore notoirement trop bas par rapport à celui de l’ancien DOCUP.

En outre, sans faire fusionner les 3 FCR Guadeloupe-Guyane-Martinique, il faut je crois rechercher les voies et moyens d’une meilleure collaboration pour connaître les projets qui rentrent dans leurs programmations respectives et éviter que des porteurs de projets ne présentent leur dossier à 2 FCR différents.

Il faut aussi transformer en règle définitive le fait que 50% de l’enveloppe FCR soient affectés aux projets INTERREG, au titre de la contribution réglementaire de l’Etat au programme.

Enfin, s’agissant d’Interreg dont nous connaissons tous les avantages et les inconvénients, il me semble essentiel de présenter le dispositif, dans le cadre de la prochaine programmation 2014-2020, auprès des bureaux des principales structures financières présentes dans les pays de la Caraïbe : OECS, la Banque centrale de l’OECS, CARICOM, AEC, Banque européenne d’Investissement (B.E.I), Banque mondiale, PNUD, FMI, OMS, PAHO, etc . Cela nous permettrait de porter à la connaissance de ces institutions les opportunités de collaborer avec des collectivités françaises solvables et de faciliter le cofinancement de projets structurants.

J’aime à dire que l’insertion régionale, c’est un peu la quête du Graal. Mais, nous avons devant nous une ardente obligation : faire en sorte que nos actions de coopération débouchent avant tout sur des opportunités économiques.

C’est tout le sens de notre action depuis 2004 et c’est cette stratégie que nous entendons poursuivre aujourd’hui et demain.

C’est pour cela que nous signerons prochainement une déclaration avec l’agence du CARICOM en charge de l’exportation : la CEDA (Caribbean Export Development Agency).

C’est pour cela que nous mettrons en œuvre le projet sur la géothermie qui doit mettre à notre portée un réel gisement d’énergie « propre ».

C’est pour cela que nous envisageons de structurer la filière mode, qui constitue un vivier potentiel en matière d’exportation de notre savoir-faire.

C’est pour cela que nous voulons construire le CIGAREL, car il n’est pas de coopération possible sans la maîtrise des langues parlées dans la zone.

C’est pour cela que nous avons mis en place un dispositif de veille économique pour les entreprises en Haïti et à Trinidad.

C’est aussi pour cela que nous comptons associer des entreprises du BTP en Guadeloupe au très beau projet de construction du Lycée des Régions de France en Haïti, afin qu’elles forment, sur le terrain, des constructeurs haïtiens.

C’est pour cela que nous allons organiser en 2013, l’année de la République Dominicaine en Guadeloupe. Un comité mixte y travaille

La tâche est donc immense.

Elle nécessite de savoir fédérer les énergies. Elle nécessite aussi que nous ne soyons pas tenus à l’écart de certains enjeux majeurs, tels que la sécurité dans la zone.

Je vous remercie.

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