Victorin LUREL
Le Blog du vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale

21 décembre 2011

Discours au XIIe Congrès des élus départmentaux et régionaux – « Santé et alimentation »

Filed under: Discours — Victorin LUREL @ 16 h 10 min


Madame le député,
Monsieur le 1er vice-président du Conseil général, mon cher Ary,
Mesdames et messieurs les maires et leurs représentants,
Mesdames et messieurs les élus départementaux et régionaux,
Monsieur le président du Conseil économique et social régional,
Monsieur le président du Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement,
Messieurs les présidents des chambres consulaires et leurs représentants,
Monsieur le professeur BASDEVANT, notre grand témoin invité,
Mesdames et messieurs les invités,
Mesdames et messieurs,
Chers compatriotes,

Je suis heureux d’ouvrir les travaux de cette 12e réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux, la troisième organisée cette année par la Région, après celle du 7 novembre dont la thématique était la violence et l’insécurité et celle, sur deux jours les 8 et 9 décembre, sur le Projet guadeloupéen de société.

Et je voudrais, avant même d’entrer dans le vif de mon propos, rendre un hommage appuyé aux services de la Région, à l’administration, à la direction générale des services, au directeur de cabinet et à son équipe, et à tous ceux qui nous ont accompagné ces derniers mois, aux élus et aux services du Conseil général, bref à tous ceux qui ont su tenir le rythme et qui ont permis la préparation et la tenue de travaux de grande qualité en un calendrier forcément contraint.

Aujourd’hui encore, nous nous inscrivons pleinement dans la démarche d’élaboration du Projet guadeloupéen de société dont nous avons débattu, ici même, il y a tout juste deux semaines, et dont nous avons utilement rappelé qu’il ne pouvait se résumer à sa seule dimension institutionnelle.

Tout comme notre réunion sur la violence et l’insécurité, ce congrès est donc un congrès thématique, qui nous invite à nous pencher sur une problématique devenue majeure ces dernières années : la santé et l’alimentation.

Bien qu’annoncé dès le 26 août dernier, je sais que notre choix de traiter de cette problématique en congrès, de façon spécifique, a pu en surprendre certains. A commencer, évidemment, par ceux qui persistent à avoir du congrès une vision étroite et qui, systématiquement, tentent de nous borner aux compétences de nos collectivités respectives.

Pourtant, il n’est qu’à effectuer quelques constats simples pour apprécier la justesse de notre démarche et pour mesurer combien nous avons eu raison, nous élus guadeloupéens, de nous pencher sur cette thématique-là.

Premier constat : santé et alimentation vont plus que jamais de paire.

Il n’est en effet plus un jour sans que quelque chose, dans notre quotidien, ne vienne nous rappeler que l’alimentation est à la base d’une bonne santé. Oui, « la santé est dans les assiettes » au moins en grande partie… et le corollaire de cette phrase, ne l’oublions pas, c’est qu’en toute logique la mauvaise santé, elle aussi, est en grande partie dans nos assiettes.

Or que nous disent les spécialistes et les praticiens de santé sur nous-mêmes, et c’est le deuxième constat ?

Ils nous disent que la Guadeloupe cumule les indicateurs préoccupants de santé publique en matière de diabète, d’obésité ou encore d’hypertension artérielle. Pathologies dont on sait qu’elles sont étroitement liées aux habitudes alimentaires de ceux qui en sont atteints.

Les chiffres figurent dans le rapport qui vous a été remis. Et ils sont très alarmants.

Le diabète concerne 1 Guadeloupéen sur 10, soit 10 % contre 3,1 % à l’échelle nationale.

L’hypertension artérielle concerne 1 Guadeloupéen sur 5, qui voit dès lors augmenter fortement le risque de succomber à un infarctus ou à un accident vasculaire cérébral.

L’obésité concerne 23 % des adultes en Guadeloupe, contre 16% dans l’Hexagone, et près de 9% de nos enfants âgés de 5 à 14 ans souffrent d’obésité, 14 % souffrent de surpoids. Notre grand témoin, le professeur BASDEVANT, vice-président du comité de pilotage du Plan national nutrition santé (P2NS), plus particulièrement chargé par le président de la République de la mise en œuvre du plan obésité, aura beaucoup à nous dire à ce sujet.

Dans le même temps, troisième constat : nos habitudes alimentaires ont évolué en profondeur depuis un demi-siècle. De sorte qu’aujourd’hui, entre l’héritage de certaines traditions culinaires, le changement de nos rythmes de vie et l’enracinement chez nous, comme ailleurs du reste, d’une certaine « malbouffe » en partie importée, mais en partie seulement, nous mangeons à la fois bien trop sucré, bien trop salé et bien trop gras, le tout en ayant adopté des comportements bien trop sédentaires.

Et c’est bien dans ce dangereux cumul d’excès que se situe l’acuité du problème qui se pose à nous aujourd’hui.

De tels constats ne peuvent laisser sans réponse les responsables politiques que nous sommes. D’autant qu’ils interpellent un nombre croissant de nos concitoyens. Dans un sondage publié en novembre par l’institu Qualistat, la question de la santé et de l’alimentation, qui n’avait jusque là jamais figuré parmi les « préoccupations majeures » des Guadeloupéens, a fait son entrée directement au 6e rang sur 12.

Nous sommes donc aujourd’hui tout à fait dans notre rôle, mais nous sommes aussi, il faut le dire, face à un vrai paradoxe.
Notre santé se dégrade. Notre manière de nous alimenter se dégrade. Et pourtant, nous savons précisément ce qu’il conviendrait de faire contre cela.

Les grands principes sont connus. Ils fourmillent dans les plans et autres recommandations édictés depuis des années par les pouvoirs publics et les autorités sanitaires. Ils figurent également en bonne place dans le contenu des auditions préparatoires à ce congrès et dans les nombreuses contributions écrites que nous avons reçues de la quasi-totalité des acteurs de la production agricole et de l’alimentation.

Nous savons qu’il faut manger en priorité des fruits et des légumes, de préférence nos fruits et légumes locaux, de préférence de saison.
Nous savons qu’il faut préférer le poisson dit-on à la viande.
Nous savons qu’il faut limiter le sel, le sucre et le gras.
Nous savons qu’il faut éviter les grignotages entre les repas.
Nous savons qu’il faut pratiquer au moins 30 minutes d’effort physique modéré chaque jour.
Et j’en passe…

Oui, nous savons pertinemment comment faire. Et pourtant, les pathologies que je mentionnais il y a un instant continuent de se développer et à faire des ravages. Car, évidemment, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de la tâche qui consiste en fait à rendre véritablement opérationnels ces grands principes en luttant d’une part contre les habitudes – les plus dures à perdre étant évidemment les mauvaises – et d’autre part en tenant compte des particularités de notre archipel.

Si nous faisons ce congrès, c’est précisément pour proposer des solutions, pour préconiser des politiques publiques et des plans d’action, afin de faire évoluer très concrètement nos pratiques alimentaires.

Ce sera en tout cas l’objectif des quatre résolutions très ambitieuses que nous soumettrons à votre approbation cet après-midi après les avoir mises en débat.

La première résolution porte sur la réduction des inégalités alimentaires, car il est évident – particulièrement chez nous – que le pouvoir d’achat détermine en grande partie la manière de manger et surtout, hélas, de mal manger. Comment s’offrir régulièrement du poisson ou des légumes frais quand on ne consacre que quelques centaines d’euros au budget nourriture chaque mois ?

Cette résolution propose donc aux pouvoirs publics d’agir de façon ciblée et prioritaire pour les milieux défavorisés et les personnes âgées en situation d’isolement ou de dépendance que ce soit pour l’aide alimentaire, pour l’éducation à la santé, pour l’accès aux installations sportives ou pour le portage de repas à domicile.
La deuxième résolution rassemble des mesures permettant de faire vivre la production locale. Car s’il est clair qu’un territoire exigu comme le nôtre ne pourra jamais produire à lui seul de quoi satisfaire tous nos besoins, en revanche l’agriculture, l’élevage et la pêche guadeloupéens regorgent aujourd’hui d’un potentiel inexploité ou encore mal exploité, en particulier en matière de produits réputés bons pour la santé (les fruits, les légumes, les poissons, les racines, etc.).

Cette résolution propose notamment de revoir l’aide publique au monde agricole afin d’accompagner mieux encore les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs dans la structuration de leurs interprofessions, mais aussi dans leurs investissements qui pourraient permettre de créer, pourquoi pas, une usine de fabrication de petits pots locaux pour bébé, d’autant plus essentielle qu’il est prouvé que c’est entre 6 mois et 3 ans que le goût se forme. Ou encore pour développer davantage l’aquaculture très prometteuse pour compenser la raréfaction de la ressource en poissons.

Cette résolution propose en outre de renforcer le soutien à l’agriculture durable et de participer au développement de l’agriculture biologique qui ne compte aujourd’hui qu’une vingtaine de producteurs certifiés.

Elle propose également de mettre en place un plan de développement de l’agriculture raisonnée à Marie-Galante qui pourrait choisir, avec nous, de devenir, grâce à ses atouts naturels, un « grenier » agricole de la Guadeloupe.

Et elle propose aussi de favoriser l’essor de l’agro-transformation notamment dans la filière pêche.

Très volontairement, je souligne que nous n’avons pas souhaité développer la question de l’empoisonnement de certains de nos sols à la chlordécone qui constitue aujourd’hui, nous le savons bien et nous ne l’oublions surtout pas, une vraie épée de Damoclès au-dessus de notre agriculture. Mais, reconnaissons ensemble que ce dossier pourrait d’une part nous occuper à lui seul une partie de la journée et que, d’autre part, il fait aujourd’hui l’objet d’un plan spécifique qui est en cours de mise en œuvre. Et j’avoue que je m’interroge sur son effectivité et sur son efficacité.

La troisième résolution propose de placer l’école au cœur de la stratégie d’acquisition des pratiques alimentaires. Il en effet acquis que c’est dès le plus jeune âge que se forme le goût et qu’il s’entretient. Parmi les mesures proposées, il y a l’effort de formation à conduire en direction des personnels d’encadrement des crèches, des écoles, des collèges et des lycées. Il y a également l’amélioration de la qualité nutritionnelle des repas de la restauration scolaire qui distribue, en Guadeloupe, pas moins de 46.000 repas chaque jour.

Enfin, la quatrième résolution a l’ambition de nous rappeler que fo nou manjé, mè fo pa nou oublyé boujé !
Elle a notamment pour objectif de développer la pratique du sport pour tous, en particulier au sein des parcours sportifs de santé sécurisés (P3S) que la Région Guadeloupe mettra en œuvre à partir de janvier 2012 dans chaque commune de notre archipel.

L’ensemble des mesures proposées dans ces résolutions montre bien qu’au travers de cette thématique « santé et alimentation », certes il est question d’agriculture, d’élevage, de pêche, mais il est aussi question de formation, d’éducation, de commerce, d’industrie, de recherche, d’innovation, d’économie au sens large, d’insertion, et de préservation de l’environnement.

A ce carrefour des compétences, partagées ou exclusives, des collectivités et de l’Etat, il apparaît évident que seule une mobilisation coordonnée de l’ensemble des pouvoirs publics est en mesure d’enrayer les phénomènes sanitaires dangereux que nous connaissons aujourd’hui dans notre archipel.

C’est tout l’intérêt de ce congrès qui permet de fixer ensemble des plans d’action et de prendre date devant la population. Il ne s’agit pas de parler. Il faudra agir. Je ne peux d’ailleurs que regretter que les services de l’Etat aient choisi, une nouvelle fois, de ne pas s’associer à nos travaux ce matin. L’ARS qui avait, malgré tout, participé aux auditions m’a ainsi fait savoir par courrier « qu’aucune des personnes qualifiées sur notre sujet n’était présente ou disponible ce jour ».

En ce qui la concerne, outre l’impulsion que nous entendons donner aujourd’hui à travers ce congrès avec le Conseil général, la Région Guadeloupe accompagne déjà les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs pour nombre des objectifs que nous fixons solennellement aujourd’hui. Pour mémoire, entre 2010 et 2011, l’action régionale en faveur des agriculteurs et des éleveurs aura atteint 8,3 millions d’euros et aura dépassé 1,2 million d’euro pour les pêcheurs.

Par ailleurs, c’est avec le Schéma d’aménagement régional, le SAR adopté récemment que nous avons, pour la première fois, sanctuarisé la surface agricole utile de notre archipel à 50.000 hectares.

De même, c’est pour soutenir nos producteurs locaux que notre SEM de patrimoine, propriétaire des murs de l’Hyper Casino de Desmarais à Basse-Terre, a conclu avec l’exploitant de la grande surface une charte qui porte sur des prix bas pour plusieurs dizaines de produits de consommation courante, pour préserver le pouvoir d’achat, mais aussi sur la place réservée dans les rayons à la production locale.

Cette charte que nous solenniserons cet après-midi en marge du congrès, nous la voulons exemplaire et nous ferons tout pour qu’elle serve de modèle. Et je demanderai aux interprofessions de s’en emparer.

Enfin, je rappelle, que les parcours sportifs de santé figuraient au rang de nos priorités pour notre deuxième mandature et l’engagement que nous prenons aujourd’hui c’est d’avancer encore plus vite, le premier parcours devant être installé dans les premiers jours de janvier aux Abymes et très bientôt à Capesterre.

Pour ma part, vous le savez, je me suis personnellement impliqué en tant que député dans cette grande cause en déposant une proposition de loi tendant à prohiber les différences de taux de sucre ajouté entre les sodas et les yaourts produits dans l’Hexagone et ceux fabriqués les outre-mer.

Cette « aventure » parlementaire m’a beaucoup appris et elle m’a permis, je l’avoue, de mieux comprendre encore l’ampleur de ces enjeux de santé publique.

Je regrette évidemment beaucoup qu’elle ait été rejetée d’extrême justesse. Mais, elle n’est pas morte et elle reviendra très prochainement au Sénat portée par notre collègue Serge LARCHER, le sénateur de la Martinique. Car, l’affaire demeure extrêmement grave comme achève de le démontrer, je crois, le remarquable document réalisé par la Région Guadeloupe en collaboration avec la Région Martinique, qui vous sera distribué au cours de nos travaux et qui établit avec clarté et par des preuves chiffrées irréfutables les écarts extravagants entre les taux de sucre des sodas et des produits laitiers produits dans l’Hexagone et ceux produits chez nous.

Là encore, c’est une mobilisation concertée des pouvoirs publics, par-delà toute considération politicienne, qui pourra faire entendre raison à des industriels qui, en l’espèce, mettent très consciemment notre santé en péril. Et je pèse mes mots.

Mais, je veux achever mon propos en disant à la Guadeloupe que rien, dans le sujet qui nous occupe aujourd’hui, ne sera possible sans une prise de conscience personnelle de chacun. Nous pourrons mettre en œuvre les politiques publiques les plus efficaces au monde, favoriser les productions les plus saines et lancer des campagnes de communication les plus onéreuses, c’est chacun qui, en dernier ressort, choisit sa façon de s’alimenter. En fonction de ses moyens, de ses goûts, de l’importance qu’il accorde à sa santé, et, on l’oublie souvent, en fonction de sa capacité à cuisiner lui-même les aliments à sa disposition.

C’est pourquoi j’attache une très grande importance à ce que nous trouvions les voies et les moyens de transmettre aux jeunes générations, garçons et filles confondues évidemment, le goût d’apprendre à cuisiner qu’avaient nos anciens. Ce talent est un patrimoine inestimable qu’il faut absolument transmettre.

Il est la passerelle indispensable entre la prise de conscience que nous voulons susciter et le changement que nous espérons pour demain.
Sans cela, notre quête de solutions concrètes et pérennes ressemblera à la marche vers un horizon qui, chacun le sait, s’éloigne à mesure que le croit s’en rapprocher.

Je vous remercie.

19 décembre 2011

Merci !

Filed under: Actualités — Victorin LUREL @ 12 h 28 min

Je tiens à remercier celles et ceux qui qui m’ont adressé un petit message après l’incident de samedi après-midi au « Boulevard des artisans » à Basse-Terre au cours duquel j’ai été menacé par un individu avec un coutelas.

Ce jeune homme s’était invité à ma table et nous avions accepté qu’il déjeune avec nous. Il est par la suite devenu de plus en plus violent jusqu’à sortir une arme avant d’être maîtrisé par la police.

J’ai choisi d’être un élu accessible qui se déplace sans protection particulière. Ce n’est pas sans danger…

Bonne semaine à toutes et à tous !

VL

16 décembre 2011

Le Sénat adopte une mesure essentielle de justice sociale pour nos aînés

Filed under: Communiqués de presse — Victorin LUREL @ 11 h 52 min


Victorin LUREL, député et président du Conseil régional de la Guadeloupe, salue l’adoption cette nuit par le Sénat, dans le projet de loi de finances rectificatives pour 2011, d’un amendement du sénateur PS de La Réunion Michel VERGOZ, tendant à exclure la valeur de la résidence principale de l’actif de la succession pris en compte pour déclencher le remboursement de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) outre-mer.

En effet, les sommes versées aux bénéficiaires par les caisses de retraite ou la Caisse des dépôts et consignations via le Fonds de solidarité vieillesse sont récupérables sur succession au-delà d’un seuil d’actif successoral fixé par décret à 39.000 euros. Or, la spéculation foncière outre-mer a fortement valorisé les petites propriétés familiales, certaines acquises par acte trentenaire ou par construction de logements évolutifs sociaux (CLES). Les héritiers se trouvent donc souvent contraints de liquider leur patrimoine si leurs ascendants ont bénéficié de cette allocation de solidarité.

Cette situation explique ainsi que nombre de personnes âgées renoncent au bénéfice de cette allocation sociale pour ne pas pénaliser ultérieurement leurs héritiers.

Le vote de cet amendement par la majorité de gauche au Sénat, malgré l’avis défavorable du gouvernement, est une mesure de justice sociale essentielle très attendue outre-mer.

Victorin LUREL demande au gouvernement de ne pas revenir sur cette disposition lors de l’examen du projet de loi de finances rectificatives à l’Assemblée nationale.

15 décembre 2011

Le gouvernement remet en cause l’accord salarial de 2009 de sortie de la crise sociale aux Antilles

Filed under: Communiqués de presse — Victorin LUREL @ 12 h 59 min


Lors de la séance de nuit du mercredi 14 décembre consacrée à la nouvelle lecture par l’Assemblée nationale du projet de loi de finances pour 2012, le gouvernement et sa majorité ont réservé un sort bien difficile aux outre-mers, selon Victorin LUREL, député et Président du Conseil régional de la Guadeloupe.

Dans sa sagesse, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2012, la majorité de gauche au Sénat avait maintenu l’avantage fiscal sur les résultats d‘exploitation des entreprises de moins de 10 salariés situées dans les outre-mers et soumises à l’impôt sur les sociétés, dont le gouvernement proposait la suppression pure et simple. Surtout, la majorité de gauche au Sénat avait reconduit pour trois ans un des points essentiels de l’accord salarial interprofessionnel et de l’accord dit « Bino » intervenu en mars 2009 pour mettre fin à la crise sociale outre-mer, à savoir la création d’un bonus salarial déchargé. Le gouvernement s’était alors opposé à cette prolongation au motif, selon Valérie PECRESSE, que ce « bonus salarial correspondait à un contexte social très particulier. Ce contexte a disparu. Nous ne souhaitons pas pérenniser des niches fiscales et sociales qui arrivent à leur terme ».

Sans réelle surprise, la majorité de droite à l’Assemblée nationale a fait droit cette nuit aux arguments gouvernementaux : elle a ainsi purement et simplement supprimé ces deux avancées proposées et obtenues par la gauche.

En mettant fin dès le 31 décembre 2011 à un des points essentiels des accords de sortie de la crise outre-mer de 2009, le gouvernement prend un risque social majeur : il devra l’assumer.

10 décembre 2011

Filed under: Discours — Victorin LUREL @ 7 h 40 min


Monsieur le sénateur-président du Conseil général,
Madame et messieurs les parlementaires,
Monsieur le président de l’Association des maires,
Monsieur le président du Conseil économique et social régional,
Monsieur le président du Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement,
Mesdames et messieurs les élus départementaux et régionaux, chers collègues,
Mesdames et messieurs les responsables de partis politiques,
Mesdames et messieurs les invités,
Mesdames et messieurs,
Mes chers compatriotes,

C’est avec fierté et une certaine solennité que j’ouvre ce matin les travaux du deuxième des trois congrès que la Région Guadeloupe aura, au total, organisés durant ce semestre.
Tout juste un mois après celui que nous avons tenu sur la violence et l’insécurité, et avant de nous retrouver ici dans moins de deux semaines, le 21 décembre, pour débattre de santé et d’alimentation, nous sommes donc réunis aujourd’hui et demain, sur trois demi-journées, autour de l’élaboration du Projet guadeloupéen de société.

Mais, en réalité, chacun de ces trois congrès que nous avons convoqués s’inscrit précisément dans cette démarche décidée en juin 2009 et confirmée ici-même en décembre 2010. Les congrès thématiques ont pour objet d’enrichir notre réflexion commune sur des problématiques sociétales essentielles mais, au travers du vote de nos résolutions, ils nous permettent dans le même temps de mettre en œuvre des politiques publiques et des mesures concrètes pour apporter des réponses aux demandes citoyennes. Car notre travail de réflexion, pour important qu’il soit, ne doit jamais nous faire perdre de vue que nous avons d’abord été élus pour agir très concrètement dans l’intérêt des Guadeloupéens.

Ce XIe congrès, j’ai toutefois souhaité qu’il soit un congrès « d’orientation ». C’est-à-dire, par essence, un moment de débat sur ce que peuvent être les grands axes, les thématiques et les valeurs de ce projet de société. Ce débat que nous aurons, je l’espère, durant ces trois demi-journées, je le voudrais riche, nourri, ouvert et respectueux, afin qu’il permette à la plus large diversité des courants et partis politiques guadeloupéens de s’exprimer pour parvenir à confronter les idées et non pas les hommes.

Un congrès de débat, ai-je dit. Pas un congrès de combat.

En programmant notre présente réunion dès le mois d’août et en décidant début novembre d’en confirmer la tenue, je ne cherchais pas, en tout cas, à me dresser face à quiconque, ni à entraver la route de qui que ce soit. Il s’agit pour moi de tenter de redonner un nouveau souffle à notre démarche qui, soyons honnêtes et humbles, risque un enlisement durable malgré l’installation des instances – comité guadeloupéen du projet, comités territoriaux, comités locaux à l’échelle communale –, malgré 28 réunions organisées par la Région sur la problématique institutionnelle au second semestre 2010 et malgré la quinzaine de textes recueillis par le président GILLLOT au premier semestre 2011 et synthétisés par ses services, fruits d’un appel à contribution pourtant largement diffusé à l’ensemble des leaders d’opinion.

Je tiens d’autant plus à ce que nous lui donnions un nouveau souffle que j’ai été moi-même bien injustement accusé, à chacune de mes présidences du congrès, d’être le frein, seul et unique, du processus d’élaboration du projet de société. Accusé le plus souvent par des élus et des responsables qui, eux-mêmes, n’ont pas pour autant engagé la moindre initiative, ne serait-ce qu’au niveau de leur commune, pour faire vivre le débat.

C’est donc pour redonner ce nécessaire nouveau souffle à notre démarche commune que j’ai annoncé, en ma qualité de président en exercice du Congrès, mon intention de proposer aux élus une contribution afin de susciter les débats et les échanges, qu’à l’évidence, nous avons eu tant de mal à obtenir ex nihilo ces derniers mois, en partant de zéro. A mes yeux, je l’ai dit, les élus ne peuvent pas être des caisses de résonance. Le peuple n’attend pas seulement de nous que nous venions devant lui pour lui demander des idées. Le peuple nous demande au contraire d’avoir des idées, de les exposer, de fixer un cap dans un dialogue démocratique au terme duquel c’est lui, le peuple, qui choisit.

L’ambition d’une telle contribution n’est donc en aucun cas de confisquer le débat ou de le préempter, comme j’ai pu l’entendre. Mais, bien au contraire, d’en être l’outil, car il est écrit noir sur blanc dans son avant-propos qu’elle a vocation à être enrichie, modifiée et amendée dans le débat. Et j’ajoute rejetée ! Aurais-je pris la peine de préciser cela dès les toutes premières lignes, si j’avais eu la moindre intention d’imposer ce texte en l’état ?

Il n’y a pas non plus de ma part d’intention sournoise de violer la méthode adoptée en juin 2009. Cette contribution sera diffusée de la manière la plus large possible. Toutes les contributions devront l’être. Les membres du congrès l’ont reçue, ainsi que l’ensemble des maires. Elle est en cours d’envoi aux associations, aux syndicats, aux cultes, bref !, à l’ensemble des acteurs de la vie économique, sociale et sociétale de la Guadeloupe. Elle est d’ores et déjà disponible pour le grand public sur le site Internet du Conseil régional où il est possible de la commenter et de l’enrichir en ligne. Et, grâce aux éditions JASOR, elle sera bientôt en vente en librairie pour ceux qui voudront l’avoir en livre de poche. A l’issue de nos débats, l’ensemble des contributions – la nôtre, mais également toutes celles qui seront enregistrées aujourd’hui – sera transmises au comité guadeloupéen du projet que je souhaite convoquer avant la fin de l’année. Et elles seront mises en débat au sein des comités communaux devant lesquels j’ai l’intention de me rendre personnellement pour les présenter.

Nul viol, donc, ni de l’esprit, ni des instances prévues dans notre méthode. Encore moins de volonté d’écarter le peuple qui pourra s’exprimer à tous les stades du processus et, surtout, en dernier ressort. Mais, un peu à l’image de l’appel à contributions lancé au début de cette année par le président du Conseil général – qui ne figurait pas stricto sensu dans la méthode initiale –, j’ai à mon tour cherché un moyen de relancer efficacement notre processus. Et, au vu de la controverse que mon initiative a générée et des contributions qui sont apparues depuis ou qui ont été réclamées – jusque par textos – le weekend dernier par certains responsables politiques, je pense que tout cela a été positif et je ne peux pas être mécontent d’avoir conduit cet important travail de rédaction et de synthèse.

Ces contributions, les voici, dans leur format respectif.

Il y a le recueil des 15 contributions synthétisées par le Conseil général avec dans l’ordre du document :
- celle du groupe SRC du Conseil général ;
- celle de la présidente de la Société des économistes de la Guadeloupe ;
- celle du député Eric JALTON ;
- celle du maire de Basse-Terre, Lucette MICHAUX-CHEVRY ;
- celle du RND de Georges BREDENT ;
- celle du Comité SIDAMBAROM ;
- celle du CIPPA ;
- celle de la Chambre de commerce des îles de Guadeloupe;
- celle de Guadeloupe Unie Socialisme et Réalités ;
- celle du conseiller général Guy GEORGES ;
- celle de l’Ordre des experts-comptables ;
- celle de la Chambre de métiers et d’artisanat de la Guadeloupe ;
- celle de Jean PENSEDENT-ERBLON ;
- celle du CAUE ;
- et celle du CO.RE.CA.

Je tiens à remercier chaleureusement tous ces contributeurs qui ont fait cet effort d’enrichir les propositions et auxquels s’ajoute le MEDEF, qui a transmis sa contribution : le projet AGORA.

Et puis il y a notre contribution, qui s’intitule « Pour une société de projets ». Initialement contribution de la présidence en exercice du Congrès, elle a été longuement présentée et discutée mardi lors de la 5e séance plénière du Conseil régional, ce qui en fait aujourd’hui le texte porté par la collectivité régionale. Que l’on m’autorise cette faiblesse d’en dire quelques mots en particulier.

Au-delà de l’apparent jeu de mots, ce titre marque notre souci de formuler un projet de société fédérateur autour duquel la Guadeloupe pourrait se rassembler et se mettre en mouvement vers des objectifs et des ambitions partagés, tout en réussissant la gageure de rassembler les Guadeloupéennes et les Guadeloupéens par-delà leurs différences et leurs opinions divergentes qui, comme partout, vont de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Nous devons en effet nous adresser à ceux, plus nombreux qu’on ne le pense, que le concept de projet de société « unique » laisse perplexe, voire inquiète légitimement. Les pays à projet de société unique n’ont pas laissé que de bons souvenirs dans l’histoire. Nous ne devons pas l’oublier.

C’est pourquoi, il est écrit dès son introduction que ce projet de société ne saurait être un carcan ou une planification autoritaire unique et impérative figeant nos destins dans le marbre. Pour aboutir au rassemblement le plus large et à l’adhésion la plus forte, ce projet de société doit offrir à chacun la liberté de réaliser son projet de vie. Il doit s’adresser à toutes les Guadeloupéennes et à tous les Guadeloupéens, sans exclusive, et permettre à chacun de pouvoir accéder à sa parcelle de bonheur, conquise dans la richesse que ce pays peut créer et non prélevée, préemptée ou confisquée au détriment de l’un ou l’autre de ses compatriotes.
En ce sens, ce projet de société doit donc permettre de faire émerger une société de projets.

La Guadeloupe a en effet besoin de projets pour se rêver un destin collectif. Le projet de société doit donc fixer un cap, une direction. Il doit énoncer des valeurs et des principes, et dessiner un cadre favorisant la réalisation de ces projets.

Il ne doit pas être confondu avec un programme politique avec des mesures détaillées, car dans la société que notre projet vise à construire, il y aura toujours une vie démocratique libre, avec des partis différents, avec des opinions différentes et avec des solutions différentes à proposer au choix libre des citoyens libres.

Cette exigence démocratique cardinale justifie l’importance des valeurs fédératrices que nous formulons dans notre contribution et que nous aurons également à énoncer clairement dans notre futur projet de société. C’est d’ailleurs le premier thème sur lequel nous vous proposerons de débattre dans l’après-midi.

Notre contribution insiste donc sur la nécessité de préserver et de défendre la formidable richesse que constitue la diversité de la Guadeloupe, multicolore, multiethnique, et multiconfessionnelle où celui qui a fait le choix de s’enraciner ici, sans y être né, est aussi Guadeloupéen que celui qui, comme nous, y est né par hasard ou par la force des choses. « L’Indien, le Béké, le Blanc « péyi », le Syrien, le Libanais, le Métropolitain, l’Italien, l’Africain, l’Asiatique, le Pied-noir, que l’Histoire ou la vie a conduits ici un beau jour, devient de ce pays s’il est prêt à le bâtir, à s’y investir et à se sentir lié à la communauté de destins que nous formons », peut-on lire.

Nous réaffirmons ainsi page après page notre attachement aux valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de solidarité et de laïcité qui sont non seulement les valeurs de la République, mais aussi des valeurs universelles. Nous ne voulons pas dévier de cet idéal à partir duquel chacun peut construire son projet de vie et voir garanties ses libertés fondamentales : la liberté d’expression, la liberté d’aller et venir, le droit de grève ou encore la liberté de conscience et de croyance. A la veille de l’anniversaire de la loi sur la laïcité de 1905 et à deux jours du 63e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, c’est notre orgueil de nous inscrire dans cet héritage-là.

Nous aurons à détailler davantage le contenu de notre contribution dans un instant, mais je tenais à vous esquisser sa philosophie qui entend tout simplement restaurer la politique dans sa capacité à transformer le réel au bénéfice de l’Homme.

De tout cela, je l’espère, nous débattrons même si je sais que certains ne voudront pas entrer dans le fond et chercheront à nous perdre dans un débat sur la forme et sur la méthode. Ceux-là choisiront de rater le rendez-vous que nous avons donné à la Guadeloupe qui, dans le contexte difficile d’aujourd’hui, attend de nous autre chose que des chamailleries.

Nous devrons en effet garder à l’esprit que nous allons débattre de sujets importants au moment où se joue à 8.000 kilomètres d’ici l’avenir de notre monnaie et, au-delà, du système économique auquel nous appartenons.

Nous ne devrons pas oublier que l’économie guadeloupéenne subit les inévitables contrecoups de cette crise économique mondiale de très grande ampleur avec son cortège de suppressions d’emplois, sa précarisation rampante et la panne d’espérance qui est palpable, y compris dans notre jeunesse.

Et nous devrons écouter attentivement les conclusions du sondage que nous avons commandé spécialement pour ce congrès qui nous éclairera sur les attentes des Guadeloupéens quant à l’avenir, quant au projet de société, quant à la question de l’évolution institutionnelle.

Ce sondage nous décrit des Guadeloupéens plutôt heureux, mais pour autant guère optimistes pour leur avenir, qui croient de moins en moins en la politique et en leurs institutions pour trouver des solutions et qui sont plutôt lucides quant aux conséquences d’évolutions institutionnelles qu’ils ne souhaitent en aucun cas brutales ou radicales.

Cette question des institutions ne sera qu’une partie – importante – de notre projet de société. Elle sera évoquée plus spécifiquement demain matin. J’entends ça et là que ce pourrait être le théâtre d’affrontements entre nous, alors qu’au contraire je pense que toutes les conditions sont réunies pour un débat dépassionné sur ce sujet.

Je vous renvoie là encore à notre contribution qui, si elle exprime une préférence, ne ferme en aucun cas la porte à d’autres hypothèses, dès lors qu’elles respectent les décisions du Congrès de décembre 2010 qui avait, par exemple, écarté à l’unanimité un passage à l’article 74.

C’est un débat assurément complexe, mais nous ne pouvons pas l’escamoter une nouvelle fois en camouflant des arrière-pensées inavouables. Chacun pourra et devra affirmer ses choix et je suis certain que la lumière jaillira de ces échanges sous la forme de compromis raisonnables construits par des élus responsables.

Je souhaite que nous trouvions durant ces deux jours à la fois la sérénité et la gravité nécessaires pour inspirer à notre peuple la confiance et la force. La confiance et la force d’aspirer encore pour demain à bâtir pour les générations futures une société de paix, de concorde et de fraternité.

Je vous remercie.

Victorin LUREL, très touché par la disparition de l’économiste Eric EDINVAL

Filed under: Communiqués de presse — Victorin LUREL @ 7 h 23 min


Le président de la Région Guadeloupe, Victorin LUREL, fait part de son émotion après l’annonce de la disparition de l’économiste guadeloupéen Eric EDINVAL.

« Je suis très touché. Eric EDINVAL a été mon professeur à l’Université et il m’a beaucoup marqué. Je garde le souvenir d’un homme affable qui enseignait avec décontraction et sans embrigadement toutes les théories économiques, en particulier celles relatives au développement. Marxiste sans sectarisme, figure du nationalisme, il aura été avec constance un homme ouvert.

Je salue sa mémoire et, au nom de l’ensemble des élus du Conseil régional, j’adresse à sa famille et à ses proches des condoléances attristées ».

5 décembre 2011

Retour sur un déplacement ministériel controversé

Filed under: Actualités — Victorin LUREL @ 12 h 01 min

Mes chers amis,

Je tiens à revenir sur la controverse qu’a suscitée le récent déplacement en Guadeloupe de la ministre de l’Apprentissage et de la formation professionnelle, Nadine MORANO, et de la ministre chargée de l’Outre-mer, Marie-Luce PENCHARD.

Oui, dix fois oui ! Mille fois oui ! Ce déplacement était en réalité une tournée électorale sur fonds publics.

Nous devions signer ensemble un contrat d’objectifs et de moyens entre l’Etat et la Région Guadeloupe pour le développement de l’apprentissage. Cette signature devait avoir lieu dans un centre de formation d’apprentis (CFA), aux Abymes, à l’issue d’une visite de l’établissement où de nombreux jeunes en formation étaient présents. La veille en Martinique, une cérémonie identique avait eu lieu, mais cette fois à l’Hôtel de la Région dirigée par mon collègue député apparenté socialiste, Serge LETCHIMY. Pourquoi cette différence ? Probablement parce que la ministre de l’Outre-mer, par ailleurs conseillère régionale, voulait à tout prix éviter de se rendre dans une enceinte où elle n’a mis les pieds qu’une seule fois depuis mars 2010…

Pour autant, je n’ai pas souhaité faire de polémique. Je suis connu pour ma franchise, mais je suis d’abord un républicain conséquent. Quand l’Etat signe une convention avec la Région que je dirige, et plus encore lorsqu’il s’agit de l’avenir de nos jeunes, je considère que les joutes politiques doivent être mises en sourdine. Au CFA du Raizet, devant des jeunes à la fois inquiets et attentifs, nous ne devions pas, selon moi, conforter la mauvaise image que beaucoup d’entre eux ont de la politique. C’est pourquoi, tout au long de la cérémonie, et en particulier dans mon discours, je me suis attaché à valoriser l’effort commun que l’Etat et la Région réalisaient là, ensemble, pour les jeunes.

A l’évidence, Nadine MORANO et Marie-Luce PENCHARD n’étaient pas venues dans cet esprit. Je l’ai compris progressivement. D’abord aux citations multiples du nom du chef de l’Etat qui tenaient davantage du matraquage que du message subliminal. Ensuite aux allusions grossières et fort caricaturales à des propositions du parti socialiste et du candidat socialiste à l’élection présidentielle. Puis, à l’insistance de la ministre de l’Apprentissage à critiquer l’obsolescence du CFA et à en imputer, à tort, la responsabilité à la Région Guadeloupe qui n’en est pas propriétaire. Egalement à son acharnement devant l’assistance et les médias à évoquer un contrat d’objectifs et de moyens doté seulement de 5,8 millions alors qu’avec l’engagement à parité de la Région la dotation atteint en réalité le double (11,6 millions d’euros sur 5 ans). Et, enfin, à LA « petite phrase » que cette spécialiste du genre semblait ravie d’avoir trouvée à mes dépens.

Oui, j’ai bien dit dans mon discours, s’agissant précisément de la possibilité offerte à des apprentis de se préparer à affronter le monde du travail en étant formé pendant un an au sein de leur établissement d’apprentissage, que la loi CHERPION était une « bonne loi », quand bien même je ne l’avais pas votée à l’instar de l’ensemble du groupe socialiste.

Bien évidemment, si j’avais dû prendre le temps de rentrer dans les détails, je lui aurais dit que malgré plusieurs dispositions intéressantes, fruits pour certaines de la concertation avec les partenaires sociaux, cette loi organise le dévoiement de l’apprentissage. En ouvrant l’apprentissage aux employeurs saisonniers et à l’intérim – ce qui permet de porter le contrat d’intérim à trente-six mois – avec la possibilité d’enchaîner jusqu’à quatre ans de contrats de professionnalisation, et surtout avec la possibilité de signer un contrat d’apprentissage avant quinze ans, c’est-à-dire dès quatorze ans, cette loi a remis en cause l’obligation scolaire jusqu’à seize ans.

Oui, j’aurais pu profiter de cette cérémonie pour reprendre, en substance, ce qu’à juste raison mes collègues députés ont défendu lors du débat parlementaire de juillet dernier. Je lui aurais dit que cette politique n’est pas la mienne. Mais, si je l’avais fait, la ministre m’aurait très certainement accusé de faire de la polémique politicienne. Or, je le maintiens, ce n’était ni le lieu, ni le moment de redire tout cela. La réunion de militants UMP du soir même à Baie-Mahault, prévue dans le programme des deux ministres, aurait dû suffire à leur besoin irrépressible d’en découdre.

Ce vendredi, Nadine MORANO nous a rappelé à quel point le sarkozysme n’est décidément pas une pensée de la complexité et qu’il ne s’embarrasse d’aucune nuance, surtout pas à quelques mois d’une élection présidentielle où il devra rendre des comptes sur son bilan calamiteux.

Victorin LUREL

15 novembre 2011

Pour les outre-mer, la rigueur c’est tout de suite !

Filed under: Communiqués de presse — Victorin LUREL @ 11 h 14 min


Les annonces du 2e plan de rigueur faites par le Premier ministre le 7 novembre dernier devaient être mises en oeuvre dans le projet de loi de finances rectificative pour 2011 qui sera présenté demain en Conseil des ministres.

La plupart de celles concernant l’outre-mer va pourtant être adoptée dès la loi de finances pour 2012, indique Victorin LUREL, vice-président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Ainsi, le gouvernement a fait adopter cette nuit un amendement par lequel il supprime le dispositif Scellier dès la fin 2012 pour l’Hexagone et pour l’outre-mer au lieu de fin 2015 pour l’hexagone et fin 2017 pour l’outre-mer : cet amendement entraîne ainsi d’un trait de plume une diminution de 11 millions d’euros des dépenses fiscales outre-mer.

Enfin, l’article 45 du projet de loi de finances prévoyant un coup de rabot de 10% sur l’ensemble des « niches fiscales » sera porté par amendement gouvernemental à 15% dès ce projet de loi de finances. Ainsi, alors que la dépense fiscale pour les investissements outre-mer était ainsi déjà amputée de 260 millions d’euros, ce coup de rabot supplémentaire porte à 410 millions d’euros l’économie réalisée sur les investissements outre-mer !

Le dernier exercice budgétaire de ce gouvernement entraîne en définitive pour l’outre-mer une diminution de 421 millions d’euros de la dépense fiscale outre-mer et une diminution de 31 millions d’euros en valeur nominale des crédits de la mission outre-mer.

« C’est hélas la réalité de la politique gouvernementale outre-mer dont les effets se font douloureusement sentir dans tous les territoires ultra-marins, estime Victorin LUREL. Les outre-mer ont déjà largement contribué à la réduction des déficits creusés par ce gouvernement. Cet effort supplémentaire est donc manifestement disproportionné. De plus, le gouvernement continue par ses mesures à supprimer le différentiel incitatif de la défiscalisation outre-mer contribuant par la même à assécher le financement des économies ultra-marines.

8 novembre 2011

Un budget 2012 qui illustre la restriction de l’effort financier de l’Etat pour les outre-mer

Filed under: Communiqués de presse — Victorin LUREL @ 15 h 31 min


La mission outre-mer pour 2012, dont l’examen débute ce mardi à l’Assemblée nationale, est en régression par rapport à l’an passé, note Victorin LUREL, vice-président du groupe socialiste chargé des outre-mer.

En effet, l’amendement n° 448 du gouvernement va amputer de 48 millions d’euros les autorisations d’engagement et de 56 millions les crédits de paiement de la mission outre-mer suite à l’annonce du premier plan de rigueur, le 24 août dernier, par le Premier ministre.

Ainsi, les autorisations d’engagement pour 2012 de la mission outre-mer seront portées à 2,13 millions d’euros contre 2,16 millions l’an passé et, les crédits de paiement à 1, 979 millions d’euros contre 1,98 millions d’euros l’an passé. En tenant compte de l’inflation prévue par le gouvernement à 1,7%, les crédits de la mission outre-mer diminuent donc en valeur nominale de 31 millions d’euros, soit un recul de 1,6%. Après la nette diminution de près de 60 millions d’euros l’an passé, l’outre-mer enregistre donc une seconde année consécutive de baisse de ses crédits budgétaires.

De plus, cette diminution devrait être encore amplifiée par le prochain projet de loi de finances rectificatives qui traduira le deuxième plan de rigueur annoncé ce lundi. Ce projet de loi de finances rectificatives consistera, notamment, à diminuer de 500 millions d’euros les dépenses budgétaires, soit très probablement une nouvelle baisse de l’ordre de 28 millions d’euros sur la seule mission outre-mer, et à supprimer le dispositif Scellier notamment, ou raboter de nouveau certains dispositifs fiscaux pour une économie de 150 millions d’euros au détriment des outre-mer.

Comme l’an passé, cette diminution des crédits se double d’une diminution très forte de la dépense fiscale outre-mer, qui pèse pourtant près de deux fois plus lourd dans l’effort de l’Etat outre-mer que les seules dépenses budgétaires. Ainsi, selon le document de politique transversale pour 2012, les dépenses fiscales pour les outre-mer diminuent de 381 millions d’euros par rapport à l’an passé, avant même le nouveau plan de rigueur annoncé hier !

Ce projet de loi de finances, le dernier de la mandature du chef de l’Etat déjà marquée par l’injustice, l’insincérité et l’inefficacité, symbolisera plus que jamais le dogme de sa politique à l’égard des outre-mer : le désengagement de l’Etat.

7 novembre 2011

Discours au Xe Congrès des élus départementaux et régionaux sur la violence et l’insécurité

Filed under: Discours — Victorin LUREL @ 17 h 45 min


Monsieur le sénateur, président du Conseil général, mon cher Jacques GILLOT,
Monsieur le sénateur, Félix DESPLAN,
Madame le député, Gabrielle LOUIS-CARABIN,
Monsieur le député, Jean-Jacques URVOAS,
Mesdames et messieurs les conseillers régionaux,
Mesdames et messieurs les conseillers généraux,
Monsieur le président de l’Association des maires,
Mesdames et messieurs les intervenants et les invités,
Mesdames et messieurs les journalistes,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,
A toute la Guadeloupe qui nous regarde et qui nous écoute,

J’ouvre les travaux de ce Xe congrès des élus départementaux et régionaux avec une certaine gravité.

Gravité, d’abord, parce que j’ai, à cet instant, une pensée pour mon ami Tony JABBOUR, qui nous a quittés hier et qui était aussi, je le sais, l’ami de beaucoup d’entre nous ici présents, à qui il manquera, comme il manquera à sa famille.

Gravité, surtout, parce que le sujet que nous allons aborder tout au long de cette journée y invite. La violence et l’insécurité sont des maux qui portent en eux le malheur, le chagrin, l’incompréhension et parfois la colère devant des morts et des drames qui auraient pu et qui auraient dû être évités.

Gravité, donc, inévitablement, parce qu’à la veille de ce congrès, pas moins de trois nouveaux crimes de sang ont été perpétrés chez nous. Des crimes qui nous font songer ce matin aux familles dans la détresse. Familles de celle et de ceux qui ont perdu la vie, mais aussi familles de ceux qui ont commis l’irréparable.

Je veux cependant être clair : nous n’avions pas besoin de ces nouveaux faits pour nous sentir tout à fait légitimes de tenir ce Congrès. En effet, nous ne nous réunissons pas sous le coup d’une émotion, ni pour répondre dans l’urgence à une situation que nous serions en train de découvrir.

Ce Congrès trouve son origine dans un souhait émis, il y a plus d’un an, par l’Association des maires de Guadeloupe. Partageant l’inquiétude des maires à ce sujet, j’avais très vite donné mon accord de principe et dès ma prise de présidence du Congrès, le 1er juillet de cette année, j’ai confirmé cet accord qui a ensuite été validé en plénière du Conseil régional au mois d’août et qui a eu le soutien de Jacques GILLOT.

Très rapidement, les services de la Région ont commencé un important travail préparatoire, qui a notamment donné lieu, sur une période de quatre semaines, à l’organisation d’auditions au cours desquelles nous avons reçu de très nombreux acteurs de la vie économique et sociale de la Guadeloupe, ainsi que des personnalités qualifiées, associations ou membres de la société civile.

Ce travail a permis la réalisation du rapport qui vous sera présenté ce matin et qui nourrira notre débat, car il rassemble sous la forme de synthèses, de comptes-rendus et de contributions écrites, les propos et réflexions qui nous été livrés tout au long des auditions préparatoires.

Ce débat, nous l’aurons donc. Même si, à l’évidence, notre Congrès dérange.

Bien qu’invités lors de la phase préparatoire, les services de l’Etat n’ont en effet pas souhaité s’associer à nos travaux. Ni les services de police et de gendarmerie, ni l’administration pénitentiaire, ni les services de justice, même si, je le souligne, les magistrats se sont excusés.

Aujourd’hui même, j’avais convié le Préfet de Région à venir échanger sereinement avec nous, car nul ici ne l’ignore : la politique de sécurité est une compétence régalienne de l’Etat. Il a décliné cette invitation en contestant, par courrier, la légitimité de notre Congrès à se réunir sur une telle problématique non prévue, selon lui, par la Loi d’orientation sur l’Outre-mer qui institue le Congrès.

Il aurait pu s’en tenir là, mais il a également choisi de convoquer, à la hâte il y a quelques jours – alors même que la date du Congrès était déjà connue – une réunion sur le « Plan séisme Antilles » qui doit avoir lieu ce matin même, à quelques encablures d’ici, et à laquelle il a invité élus et collectivités.

Oui, mesdames et messieurs, chers collègues, notre Congrès décidément dérange.

J’ai cependant été pour le moins surpris d’apprendre samedi que des élus guadeloupéens, de la gauche dite alternative, mais aussi de l’UMP, en un curieux duo, ont eux aussi, à l’unisson de l’Etat, contesté la légitimité de notre Congrès sur cette problématique.

Je pourrais me contenter d’une boutade en leur disant à tous que les absents ont toujours tort, que l’on ne construit jamais rien par la politique de la chaise vide et qu’ils sont l’illustration même du décalage que nos concitoyens peuvent parfois ressentir entre leurs préoccupations et certains de leurs représentants.

Mais je tiens à réaffirmer ici que, depuis 2005, le Congrès s’est réuni à chaque fois que cela était nécessaire sur les grands dossiers de la Guadeloupe. Il est devenu l’instance symbolisant la volonté des élus guadeloupéens de se saisir de tout ce qui est au cœur des préoccupations citoyennes. Pour débattre et proposer des plans d’action.

Nous l’avons fait sur l’immigration en 2005. Le préfet de l’époque avait d’ailleurs menacé de déférer notre convocation au tribunal, mais il avait finalement renoncé. Nous l’avons fait, aussi, sur l’emploi et le développement économique en 2006. Nous l’avons fait sur le Schéma d’aménagement régional en 2009. A mes yeux, la question des compétences du Congrès est tranchée depuis longtemps !

Oui, les élus guadeloupéens ont le droit, mais plus encore le devoir de poser la question de la violence et de l’insécurité. Le sondage IPSOS qui vous sera présenté durant nos travaux montre combien cette problématique concerne et inquiète nos concitoyens et, singulièrement, les Guadeloupéennes. Un autre sondage, Qualistat celui-là, qui paraît aujourd’hui, la situe au premier rang des préoccupations pour 37% des Guadeloupéens. C’est tout simplement la deuxième source d’inquiétude après l’emploi.

J’ajoute que si la politique de sécurité est effectivement une compétence exclusive de l’Etat, je me permets de rappeler que les maires et le conseil général ont aujourd’hui un rôle important à jouer en matière de prévention de la délinquance.

En effet, la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance renforce le rôle des maires, en en faisant un acteur essentiel de la politique de prévention. Celui-ci concourt non seulement à l’exercice des « missions de sécurité publique » mais aussi à celles de « prévention de la délinquance ».

Le conseil général, lui aussi, s’est vu attribué de nouvelles compétences en la matière depuis cette même loi du 5 mars 2007 qui dispose que « le conseil général concourt aux actions de prévention de la délinquance dans le cadre de l’exercice de ses compétences d’action sociale. Il statue sur l’organisation et le financement des services et des actions sanitaires et sociaux qui relèvent de sa compétence, notamment des actions qui concourent à la politique de prévention de la délinquance.(…) »

Ceci pour achever de convaincre ceux qui en doutent encore : ici, aujourd’hui les élus de la Guadeloupe se mêlent tout simplement de ce qui les regarde.

Enfin, je voudrais rappeler que nous avons pris l’engagement en mai 2009 d’élaborer un projet guadeloupéen de société. Or, à mes yeux, ce projet ne saurait être réduit à sa seule dimension institutionnelle ou économique, car un projet de société ne peut faire l’impasse sur des questions sociétales aussi cruciales que la violence et l’insécurité.

Ce Xe congrès des élus départementaux et régionaux s’inscrit donc pleinement dans la construction de ce projet de société. Il en sera de même pour les travaux que nous conduirons en décembre sur la santé et l’alimentation, dans un autre congrès. Et, je peux vous confirmer qu’avant la fin de l’année, nous aurons un Congrès d’orientation sur le projet guadeloupéen dans lequel seront notamment traitées les questions institutionnelles, conformément à la délibération prise en août par le Conseil régional et, surtout, à la feuille de route que nous avons proposée avec Jacques GILLOT en décembre 2010.

Ainsi, grâce à nos travaux d’aujourd’hui, ce projet de société traitera de notre façon à nous, Guadeloupéens, de traiter de la violence et de l’insécurité dans la société que nous voulons pour demain.

Car, en la matière, nous devons reconnaître que la situation d’aujourd’hui est grave. Les chiffres produits par l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, sont en effet préoccupants.

Pour ce qui est des atteintes aux personnes notre territoire est tout simplement l’un des départements les plus violents de France avec le plus fort taux de violences non crapuleuses à l’échelle nationale.

Nous savons aussi qu’environ 80% des faits de violences sont perpétrés au sein de la famille ou dans le voisinage et que les femmes en sont les principales victimes.

Pour pratiquement toutes les infractions d’atteintes aux personnes (atteintes volontaires à l’intégrité physique, violences physiques crapuleuses ou non, violences sexuelles, menaces de violences, autres coups et blessures volontaires, port d’arme prohibés, ect…), les taux de la Guadeloupe caracolent en tête du classement des chiffres de la criminalité.

Pour ce qui concerne les atteintes aux biens, la Guadeloupe détient le taux le plus élevé de cambriolages à l’échelle nationale et la plus forte progression des vols avec violence.

Une analyse plus fine des chiffres permet d’observer que les phénomènes de violence ne se réduisent pas à la seule problématique de la délinquance des jeunes. Nous constatons que même si la délinquance des jeunes devient, elle aussi, très préoccupante, en raison du taux très élevé de progression de la délinquance des mineurs (environ 4% par an) et de l’explosion des phénomènes de gangs, elle est loin d’expliquer, à elle seule, de tels taux de violence. Il n’y a donc pas lieu de stigmatiser une partie de notre jeunesse qui est déjà en mal de repères.

Cette violence, nous devons l’analyser au mieux pour la comprendre et mieux la traiter.

Nous devons faire la part de ce qui est le lot de toutes les sociétés modernes qui, à des degrés divers, sont confrontées aujourd’hui à une augmentation ou à une persistance des faits de violence.

Et nous devons tenter de mesurer ce qui nous est spécifique.

Bien sûr, nous avons connu sur cette terre de Guadeloupe une histoire troublée avec des violences fondatrices (l’esclavage, la colonisation, les luttes sociales,…).

Certes, nous connaissons aussi une situation sociale difficile avec un chômage qui atteint presque 25%, alors que celui de l’Hexagone s’est stabilisé à 9%.

Notre taux de chômage des jeunes, qui avoisine les 60%, reste le plus élevé d’Europe.

Notre taux d’illettrisme atteint 25% (contre 9% dans l’Hexagone). 50% des Guadeloupéens ne touchent pas plus de 950 € par mois. Et les inégalités ne cessent de se creuser.

A ces inégalités sociales s’ajoute une crise morale de la famille et de l’école que nous ne pouvons plus nier. Les liens sociaux se délitent. La transmission des valeurs familiales, sociales et morales est en déliquescence.

Mais, face à cette violence, il y a les réponses de l’Etat qu’il n’est pas question ici d’analyser sans nuance, mais que nous devons malgré tout examiner.

L’actuel président de la République a imprimé sa marque depuis bientôt 10 ans sur ce champ politique, d’abord comme ministre de l’Intérieur, avant d’accéder à l’Elysée. C’est donc une seule et même logique qui est à l’œuvre, dans la continuité, depuis une décennie. Et il faut reconnaître, à l’instar de la Cour des comptes dans son rapport public sur « L’organisation et la gestion des forces de sécurité publique » publié en juillet dernier, que « les résultats obtenus dans la lutte contre la délinquance ont été contrastés ».

S’appuyant pourtant sur les chiffres et les données communiquées par le ministère de l’Intérieur lui-même, les constats effectués au niveau national par les magistrats de la Cour des comptes rejoignent en grande partie ceux que font depuis des années de nombreux chercheurs et spécialistes.

Parmi les plus significatifs figurent :

- le manque de fiabilité des statistiques, faussées par des indicateurs bien trop hétérogènes et par la politique du chiffre encouragée par la hiérarchie policière ;

- et la baisse tendancielle des effectifs de police et de gendarmerie qui ont payé un très lourd tribut à la révision générale des politiques publiques.

En Guadeloupe, cette baisse des moyens, aussi bien humains que matériels, est criante. Les syndicats de policiers qui ont été auditionnés nous ont fait part de leur désarroi face à l’ampleur de la tâche qu’ils ont à accomplir, alors qu’ils sombrent dans le même temps dans une forme de « clochardisation ».

Aujourd’hui, pour la police, se posent très concrètement des problèmes de parc automobile ou encore des difficultés d’approvisionnement en carburant !

C’est difficilement imaginable, mais c’est pourtant la réalité. Et rien ne semble indiquer une prise de conscience du gouvernement face à cette détérioration des moyens consacrés à la lutte contre la délinquance.

En effet, la presse se fait l’écho depuis quelques jours des conclusions d’un rapport confidentiel d’une mission commandée par le ministère de l’Intérieur et de l’Outre-mer sur les moyens de lutte contre la délinquance dans les départements d’Outre-mer. Selon les conclusions publiées de ce rapport, il semble que soit à l’étude la fermeture des commissariats de police de Basse-Terre et de Capesterre Belle Eau dans le cadre d’un transfert de ces deux territoires en zone gendarmerie, et d’un transfert en zone police de la ville de Baie-Mahault.

Il semble également, toujours selon ce rapport, qu’il soit envisagé des formes de coproductions entre la sécurité publique et les sociétés privées de sécurité, comme si une forme de privatisation pourrait être encouragée pour permettre à l’Etat de faire encore de substantielles économies.

Si ces propositions étaient avérées, elles seraient évidemment inadmissibles et surtout indéfendables. Je veux croire qu’il ne s’agit là que d’un rapport d’étape et, après l’avoir lu, j’écouterai avec attention les explications que ne manquera pas de fournir le représentant de l’Etat face à ces révélations. Mais, il aurait été opportun de pouvoir discuter de cela ici avec lui, voire avec la ministre de l’Outremer, notre collègue conseillère régionale qui aurait pu, elle aussi, être parmi nous pour défendre son action et sa vision.

En tout cas, nous élus, nous devons donc, c’est une évidence, continuer à peser pour que cette politique change. Jean-Jacques URVOAS, notre grand témoin, qui est un parlementaire spécialiste de longue date des questions de sécurité, ne manquera pas de nous livrer ses analyses, ses réflexions et ses propositions. Même si l’on sait évidemment d’où il parle, il versera au débat des propositions choc que je crois utile d’écouter et de discuter, car elles sont des pistes sérieuses pour une politique alternative.

Mais, par-delà les compétences de l’Etat, nous avons nous aussi à agir pour ne plus osciller entre fatalisme et colère, et pour résolument croire que nous pouvons mieux vivre ensemble dans une société plus apaisée.

Nous avons à agir en tant qu’élus, mais d’abord nous avons tous à agir en tant que citoyens, pères et mères de famille, comme patron, comme employé, comme individus.

C’est rien moins qu’un sursaut moral que nous devons obtenir au plus vite.

Comme pour nombre des difficultés de notre société, une part importante des solutions se trouvent en nous-mêmes.

Nous devons tout faire pour restituer la fonction symbolique des instituions sociales, et prioritairement celle de la famille et de l’école.

Il nous faut retisser le lien social distendu, réintroduire plus de proximité dans nos politiques publiques, évaluer l’efficacité des mesures en place, et évidemment donner les moyens humains et matériels nécessaires, notamment à ceux qui sont censés nous protéger.

Des propositions, nous en ferons à l’issue de ce Congrès. Car nous sommes là, certes pour échanger, mais aussi pour décider.

La parole des socioprofessionnels recueillie dans le rapport de 233 pages qui vous a été remis a représenté pour nous un véritable outil de travail. C’est la base d’une réflexion enrichie des remontées de terrain, des observations des acteurs même de la lutte contre la délinquance dans notre pays. C’est la parole de ceux qui au quotidien pensent et mettent en place des actions visant à prévenir la délinquance, à lutter contre les phénomènes de violence, à accompagner les victimes ou les auteurs, à proposer des solutions de réinsertions aux plus vulnérables, à protéger nos enfants, etc.

C’est en somme la parole que ceux qui nous permettent de vivre plus en sécurité en Guadeloupe. Elle mérite non seulement d’être entendue, mais elle mérite aussi d’être étudiée et valorisée dans le cadre de nos travaux.

J’ai évidemment entendu qu’une phrase de ce rapport extraite de son contexte a pu choquer certains. Je tiens donc à redire que ce rapport est une synthèse des auditions. Il n’exprime donc pas l’opinion de cette assemblée ou de la Région Guadeloupe, ni de son président, ni d’aucun de ses élus.

Cette phrase qui fait beaucoup parler et qui a ému est à la page 12 du rapport. Elle dit : « Deux autres tentatives de catégorisation de la délinquance doivent être mentionnées : la première se base sur une analyse psychologique des auteurs (…). La seconde porte sur la dimension ethnique, ce qui est à l’opposé de la tradition républicaine, mais s’avère, à bien des égards, éclairante : la majorité des crimes et des délits est commise par des guadeloupéens d’ascendance africaine, ce qui pose la question de la définition identitaire et communautaire de ce territoire. »

Cette phrase de synthèse retranscrit, il me semble plutôt fidèlement, les propos de l’une des personnalités qualifiées auditionnées lors de nos travaux préparatoires et qui est d’ailleurs présente ici ce matin.

Ce propos postule, selon sa transcription complète, que le questionnement identitaire non traité, mal réglé, est générateur de violence et que cette forme de violence s’observe au sein d’une partie de la population guadeloupéenne.

Cette approche, on pourra évidemment la discuter, voire la contester dans le débat. Elle se présente malgré tout comme une dimension de la recherche qu’aucune police de la pensée ne devrait tenter de censurer dès lors qu’elle respecte les valeurs républicaines.

Les accusations de racisme qui ont été portées au détour de cette phrase me paraissent en tout cas totalement hors de propos et je ne crois pas avoir à me justifier, ayant toute ma vie combattu avec force toute forme de racisme.

Gaëlle COMPER, qui est docteur en droit, criminologue et spécialiste des questions de sécurité en Guadeloupe, aura l’occasion, au cours de ce congrès, d’expliciter sa réflexion à ce sujet, lors de son intervention.

Les projets de résolutions qui vous seront soumis sont directement issus de l’analyse de toutes les pistes proposées par ces acteurs de terrain. L’idée est que les solutions proposées lors de ce congrès soient ancrées dans la réalité et répondent à de vrais besoins de ceux qui agissent au quotidien sur ces questions.

Nous vous proposerons des résolutions qui entrent pleinement dans le champ de compétences de nos collectivités, Région, Département, Communes.

Ainsi, nous proposerons de nous impliquer davantage dans l’accompagnement des familles en demandant par exemple aux communes de mettre en place dans toutes les communes de Guadeloupe un Conseil des droits et devoirs des familles. Nous proposerons également de soutenir l’association Maison de la médiation dans son action et de participer au financement du Conseil guadeloupéen de la parentalité.

En outre, nous proposerons dans une autre résolution de soutenir les actions de prévention, de lutte contre la délinquance et d’accompagnement des victimes et des auteurs. Cela pourra passer, notamment, par la consolidation des « équipes de rue » qui sont de la compétence du Conseil général et de l’Etat. Et la Région proposera, pour sa part, de financer l’acquisition de quatre véhicules pour la Police nationale.

Dans une autre résolution relative à la prévention de la récidive, la Région Guadeloupe étoffera particulièrement son offre d’aides à la formation et de dispositifs d’insertion à destination des sortants de prison et des personnes sous main de justice. Par cet accompagnement, nous devons parvenir à briser cette fatalité qui conduit de trop nombreux sortants de prison à y retourner à brève échéance.

Enfin, une résolution s’adressera directement à l’Etat afin qu’il réinvestisse pleinement sa mission de sécurité et de lutte contre la violence à travers, notamment, une augmentation des moyens humains et matériels, une meilleure cohérence dans l’organisation des services et la concrétisation des projets de construction du nouveau tribunal de grande instance de Pointe-à-Pitre et de la maison d’arrêt de Basse-Terre. Nous proposerons également, comme le font les syndicats de police, que l’agglomération pointoise soit classée en « zone police difficile ». Enfin, nous pourrons demander à ce que soit appliqué chez nous, dans une déclinaison adaptée à nos réalités , le plan « 4 moyens et 50 mesures pour prévenir la délinquance et aider les victimes » porté par le Comité interministériel de prévention de la délinquance.

Pour notre part, si ces résolutions sont votées en l’état, ce n’est pas moins d’1,5 million d’euros que la collectivité régionale mettra au service d’un véritable plan de prévention et de lutte contre la délinquance, qui je l’espère, sera initié par ce congrès à l’initiative de l’ensemble des élus de la Guadeloupe.

Indépendamment des mesures actées lors de ce Congrès, nous continuerons notre réflexion sur ces problématiques et nous concrétiserons d’autres propositions. Je pense notamment à la création d’un Observatoire régional de la délinquance, que nous pourrons créer en partenariat avec l’Université et peut-être le CNRS afin de disposer chez nous des ressources documentaires et statistiques nous permettant d’affiner notre connaissance des phénomènes de violence et de délinquance. Cet observatoire pourra mener des enquêtes de victimation afin de mieux appréhender les crimes et les délits qui sont mal ou pas du tout répertoriés.

J’ai commencé mon propos par une gravité bien compréhensible au regard des enjeux. Je tiens néanmoins à l’achever en vous disant que la détermination que je perçois ici est la source d’un réel espoir de changement.

Nous n’avons pas le droit d’abdiquer, ni de nous résigner à cette violence endémique que nous connaissons.

La Guadeloupe, je le dis et nous le savons tous, ne se réduit pas à ces faits divers tragiques. Nous ne sommes pas un coupe-gorge où chacun risque sa vie à tout moment. Et nous ne voulons pas le devenir.

Qui sait ici que dans une île voisine de la nôtre, Trinidad et Tobago pour la nommer, que nous accueillons cette semaine comme invité d’honneur de notre Gwadloup’ Festival, oui, qui sait que cet Etat indépendant et souverain vit depuis le mois d’août sous un régime de couvre feu et d’état d’urgence pour lutter contre la criminalité ?

Qui sait que ce couvre-feu est instauré de 23h à 4h du matin, que les pouvoirs de la police et de l’armée ont été renforcés en matière de lutte contre la criminalité (arrestation, perquisition et détention) ?

Qui sait que les personnes ayant des raisons impératives de se déplacer la nuit pendant ce couvre-feu doivent demander l’autorisation auprès du commissariat de leur domicile ?

Je veux croire que nous trouverons toujours les ressources, la force et la cohésion de ne jamais avoir à en arriver à un tel stade.

C’est tout le sens de ce Congrès : qu’il place chacun devant ses responsabilités car, en la matière, je le répète, une grande part des solutions est en nous, en particulier dans un respect restauré de la personne humaine, de la vie.

La violence est consubstantielle à toute vie en société et elle constitue le fondement même de la nécessité de l’organiser.

Chacun est en droit d’aspirer à prospérer au sein d’une société apaisée, et chacun est en droit d’exiger de cette société une protection contre toutes formes d’agressions. La protection des personnes et des biens s’impose donc comme une préoccupation sociale de base. Elle est le fondement de toutes les formes de développement.

En réalité le besoin de sécurité n’est qu’une expression de « l’être ensemble » et une nécessité du « vivre ensemble ».

Comme l’a admirablement formulé Gandhi : « si tu veux le changement, sois le changement ».

Je vous remercie.

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